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Histoire de Trouzilit

Histoire de Trouzilit

un kilomètre à l’ouest du bourg de Tréglonou, dont les maisons sur leur roide pente, ont l’air de se cramponner l’une à l’autre pour ne pas glisser dans la rivière de l’Aber-Benoit, le voyageur qui suit la route de Ploudalmézeau rencontre à droite un beau massif de futaies étagées au-dessus de l’estuaire. Ces bois sont l’une des parures de la profonde et sinueuse coulée où le flot marin remonte à plus de deux lieues dans les terres, jusqu’aux anses pittoresques de Tariec et du Moulin-de-Châtel. Ils enveloppent le château ou manoir de l’ancienne vicomté de Trouzilit fondé là à une époque reculée pour surveiller l’embouchure de l’Aber-Benoit et en interdire l’accès aux écumeurs de mer.
 
Blason de TournemineLe nom ancien est Tuonsilic. On le trouve sous cette forme, composée du terme topographique tuon, traon, vallée, et de Silic, nom propre, dans la montre de l’évêché de Léon en 1481, où le sieur de Tuonsilic, de deux cents livres de rente, appelé en tête des nobles de Plouguin - dont Tréglonou n’était jadis qu’une trève - se fait remplacer, pour cause d’infirmité, par Prigent Lezcazvoal, lance avec oustilleur et page. Ce gentilhomme impotent était Tournemine, d’une branche cadette des sires de Coetmeur, en Plougourvest. Le blason des Tournemine de Trouzilit, écartelé d’or et d’azur, brisé d’un lambel de gueules, surmonte encore la porte latérale de l’église de Tréglonou.

Catherine Tournemine, fille et héritière du précédent, épousa Marc de Kerlech, sieur de Trouzilit, époux en 1529 de Françoise Barbier de Kerjean. Il comparut en homme d’armes à la montre de 1534, mais sa postérité s’est fondue dans Barbier, et nous voyons vers 1610 le domaine aux mains de Jean Barbier, sieur de Trouzilit, marié à Renée de Kerouartz. Leur fille héritière, Françoise Barbier, apporta Trouzilit dans la Blason de Kergolay, seigneur de Kerangouez et Kersalaunmaison de Carné par son alliance avec Charles de Carné, seigneur de Cohignac, chevalier de l’ordre du roi.

Saisie par les créanciers de la succession de feu Philibert de Carné, vicomte de Trouzilit, la terre fut acquise le 28 août 1679, moyennant le prix vingt-six mille cent livres, par Jean de Kergorlay, seigneur de Kersalaün, en Plouzané, époux de Marie de Kerlech, de la maison de Roscervo en Lampaul-Ploudalmézeau.

Lui-même était le fils de Jean de Kergorlay et de Mauricette Simon, héritière de Troménec, en Landéda, mariée en 1619. Il avait acquis également le manoir de Mesnaot, en Saint-Pabu. Il mourut à Brest en 1701, et fut enterré aux Carmes. Sa veuve fonda, en 1703, un hospice pour les pauvres au bourg de Landéda.

 

eur fils, Charles-Louis de Kergorlay, chevalier, vicomte de Trouzilit, né en 1678 au manoir si curieux du Carpont, en Lampaul, eut l’honneur d’avoir pour parrain, huit ans plus tard, dans l’église des Sept-Saints de Brest, Charles de Lennox, duc de Richmond, pair d’Angleterre, et pour marraine la mère de ce dernier, Louis-Renée de Penancoët, duchesse de Portsmouth, favorite du roi d’Angleterre, Charles II. Il épousa à Morlaix, en 1710, Marie-Françoise-Louis des Nos des Fossés, fille d’un conseiller au parlement de Bretagne, et il mourut dans cette même ville en 1721. Son portrait et celui de sa femme ont été reproduits dans le magnifique ouvrage de M. A. Mousset : Documents pour servir à l’histoire de la maison de Kergorlay. Une ample perruque de boucles foisonnantes encadre heureusement le visage ouvert, aux traits réguliers et bien dessinés, du jeune seigneur de Trouzilit. Sa femme est une agréable personne décolletée sans excès, coiffée à la mode simple de la Régence, avec une fleur dans les cheveux et une tresse descendant le long du cou sur la poitrine.

Au château de Trouzilit naquit en 1715 leur fils aîné Alain-Louis de Kergorlay, seigneur de Cariot, Trogoff, la Ville-Daniel, qui entra au service du roi à dix-sept ans, et fit en 1734-35 la campagne du Rhin comme « gentilhomme à drapeau », puis comme enseigne aux gardes françaises.

Il passa lieutenant en 1744 et fut l’année suivante grièvement blessé en combattant à Fontenoy. Le soir de la bataille, son domestique, s’étant mis à sa recherche, le retrouva gisant parmi les cadavres et le transporta sur son dos à l’ambulance, où les soins des chirurgiens lui sauvèrent la vie.

Plus tard, il guerroya en Allemagne sous les ordres de Soubise, Broglie et d’Estrées, devint maréchal de camp (général de brigade) en 1770 et quitta les gardes françaises en 1777 avec une pension de huit mille livres.

Promu lieutenant-général (général de division) en 1784, le comte de Kergorlay, chevalier de Saint-Louis, est mort à Paris en 1787, et a reçu la sépulture à Saint-Sulpice. Son portrait figure aussi dans le recueil de M. A. Mousset, visage maigre et spirituel, grands yeux vifs, teint basané de vieux soldat, perruque blanche à marteau. Une peau d tigre couvre le bas de sa cuirasse d’apparat, et de ses grandes manches richement brodés de soie, d’or et d’argent sortent de fines manchettes de dentelle.

a femme, Marie-Joséphine de Boisgelin, fille du marquis de Cucé, président à mortier au parlement de Bretagne, qu’il avait épousée sur le tard à Rennes, en 1766, était morte à vingt-huit ans, en 1772, lui laissant deux fils dont l’aîné, Gabriel-Louis-Marie, comte de Kergorlay, lieutenant au régiment de Champagne, puis passé en 1789 au régiment commissaire-général-cavalerie, se qualifiait la même année de marquis de Trouzilit. Il partit pour l’Italie en 1790 avec sa famille, en voyage d’agrément, semble-t-il, et muni de passeport réguliers, mais les événements de la Révolution s’opposèrent à son retour. Il était à Munich en 1791, suivit la campagne de 1792 dans l’armée des princes, et resta exilé jusqu’au 30 Germinal an X, date à laquelle un arrêté des consuls le raya de la liste des émigrés. La Restauration en fit un député de la Manche et un pair de France. Sa femme, épousée à Versailles en 1787, se nommait Justine de Faudoas-Canisy. De lui et de son frère Louis-Florian-Paul, officier de cavalerie, mari de Blanche-Césarine de la Luzerne, sont issus tous les Kergorlay actuels.

M. Mousset dit que la terre de Trouzilit fut vendue nationalement. Je n’ai trouvé, aux Archives départementales, que l’acte de vente du lieu de Trouzilit-Coz, saisi sur l’émigré Kergorlay, et acquis le 24 Germinal an V par les citoyens François Le Guen et Rosier. L’ancien manoir de Trouzilit était une maison forte dont subsiste encore une tour ronde percée de meurtrières, mais le reste des constructions gothiques se trouvait en 1679 dans un état complet de ruine. L’édifice actuel, relevé par les Kergorlay, s’appuie sur deux pavillons à combles aigus qui lui donnent quelque caractère.

A côté est une chapelle moderne, et dans une prairie, le vieux colombier féodal tout chaperonné de verdure émerge des hautes herbes. Si, comme je l’ai lu quelque part, la puissance d’un seigneur se mesurait à la distance que séparait le colombier du château, les vicomtes de Trouzilit ne devaient pas être de petits compagnons, car cette distance est ici de plusieurs centaines de mètres.

 
MANOIR DE TROUZILIT - Trouzilit - 29870 Tréglonou - Tél. : 02 98 04 01 20 -